Santé / Social,


Une borne pour faciliter la communication avec les patients étrangers dans les services d’urgences

Prix Santé du Hacking Health Lyon 2018

Les services d’urgences sont souvent confrontés à des barrières linguistiques entre soignants et soignés. Lors du Hacking Health Lyon (HHL) 2018, Quentin Paulik, étudiant à la Faculté de médecine Lyon Est, a imaginé avec son équipe une solution à ce problème. Il nous parle de son expérience du hackathon et de son projet de borne d’interrogatoire virtuelle qui a remporté le Prix Santé 2018.


1/ Pouvez-vous vous présenter brièvement ainsi que votre équipe du HHL 2018 ?

Je suis actuellement en 6ème année à la Faculté de médecine Lyon Est où j’ai suivi tout mon cursus. Je me suis inscrit au HHL 2018 avec Iliès Haddou également à la Faculté Lyon Est, en 5ème année.

Notre équipe était composée de 8 personnes :

  • 2 étudiants en médecine
  • 2 ergothérapeutes
  • 2 designeurs
  • 2 informaticiens développeurs Android

2/ Pourquoi avez-vous eu envie de participer au HHL2018 ?

L’année dernière, j’avais participé au Hackathon en tant que bénévole. Etre plongé dans l’ambiance de l’évènement m’a donné envie de participer à l’édition suivante. J’ai commencé à réfléchir avec mon camarade Iliès Haddou, qui avait lui participé au hackathon du MIT à Boston, à une idée qui pourrait être intéressante à développer.

L’idée est venue de nos expériences en stage dans les services d’urgences. Il arrivait que personne dans le service ne parle la langue de certains patients étrangers. L’interrogatoire était alors difficile et souvent interrompu rapidement du fait du manque de temps, ce qui induit un risque élevé de mauvaise prise en charge.

Nous sommes arrivés au Hackathon avec l’idée de trouver un système pouvant répondre à ce problème mais sans avoir de solution précise en tête. Nous nous sommes dit que nous y réfléchirions tous ensemble avec l’équipe.

3/ Pouvez-vous nous présenter le projet que vous avez développé pendant le Hackathon ? 

L’idée a été de proposer une application multilingue permettant de réaliser un interrogatoire virtuel. Nous avons travaillé avec les designeurs pour que l’interface soit basée le plus possible sur des représentations visuelles et des sigles universels.

Lors de la présentation du projet devant le jury, nous avons mis en scène un exemple concret pour illustrer l’intérêt de l’application :

Version 1 sans la borne :

  • Une personne arrive aux urgences avec des maux de ventre.
  • Elle parle une langue qui n’est parlée par aucun membre du service.
  • Le médecin abandonne l’interrogatoire rapidement, les applications de traduction disponibles sur son smartphone étant trop chronophages, et passe directement à l’examen clinique.
  • La personne rentre à domicile avec un traitement contre l’acidité gastrique et est malheureusement retrouvée morte le lendemain par le SAMU, victime des suites d’un infarctus.

Version 2, avec la borne :

  • Cette même personne arrive aux urgences avec des maux de ventre.
  • Elle parle une langue qui n’est parlée par aucun membre du service.
  • Dès son arrivée, le personnel d’accueil la dirige vers la borne marti (moyen d’assistance rapide à la transmission d’informations) d’interrogatoire virtuelle.
  • La personne sélectionne sa langue et indique ses symptômes à l’aide d’éléments visuels.
  • Le médecin reçoit le compte rendu directement sur son ordinateur au moment de prendre en charge le patient
  • A l’aide de ces éléments, il diagnostique un infarctus et prend en charge correctement la personne.


Les avantages du système sont multiples :

Pour le patient :

  • Accessible à tous : plusieurs canaux utilisés (pictogrammes + texte + sons via un casque audio relié à la borne) afin de s’adapter aux situations de handicap des patients
  • Simple d’utilisation : une interface tactile utilisable en autonomie par le patient

Pour le professionnel et les établissements de santé :

  • Un gain de temps et une indépendance de toute intervention soignante : l’interrogatoire se fait pendant le temps d’attente de la personne, qui est souvent long aux urgences. Il permet aussi un gain de temps pour le médecin qui reçoit directement le compte rendu sur son ordinateur.
  • Une économie financière : pas de coût supplémentaire pour l’établissement hormis le prix de la borne
  • Une prévention des consultations redondantes et des erreurs de prise en charge, souvent coûteuses pour la Sécurité Sociale
  • Une amélioration de l’image de l’établissement de soin


Pour (re)voir la présentation du projet lors du HHL 2018, cliquez sur ce lien (à partir de 02:10:00).

5/ Comment avez-vous travaillé en équipe pour combiner vos compétences ? Que vous a apporté cette expérience ?

Il a fallu en peu de temps apprendre à travailler ensemble et à faire des compromis. Nous avons essayé le plus possible de prendre les décisions importantes à huit. C’était très enrichissant car chaque membre de l’équipe apportait son expertise dans son domaine.

Cette expérience apporte des compétences en gestion d’équipe et en communication. Elle permet aussi de prendre du recul. En études de médecine, on ne se rend en effet pas toujours compte du nombre d’autres professionnels qui travaillent dans le milieu de la santé et avec qui on va être amené à collaborer plus tard. Le Hacking Health permet de s’ouvrir l’esprit en rencontrant d’autres profils et de prendre le temps de réfléchir aux besoins du patient.

J’ai par ailleurs beaucoup apprécié la bonne ambiance qui régnait entre les équipes du hackathon. La proximité et l’esprit d’entraide a permis de créer une véritable émulation.

6/ Comment envisagez-vous la suite du projet ? Que va vous apporter le prix reçu ?

Dans les mois à venir, nous allons nous réunir régulièrement en équipe pour faire avancer progressivement le projet. Grâce au prix santé, nous allons bénéficier de l’accompagnement du Cluster I-care. Nous pourrons également débloquer une somme de 1000€ au moment qui nous semblera le plus opportun.

Au-delà du prix, ce hackathon nous a permis d’avoir un regard extérieur sur notre projet que ce soit celui de professionnels de santé ou du grand public. Avoir des retours positifs et voir que le projet résonne chez d’autres personnes nous motivent à aller plus loin. Nous avons notamment eu le soutien de la Faculté de médecine Lyon Est et de notre doyen Gilles Rode.


Merci à Quentin Paulik pour son témoignage et félicitations à toute l'équipe !

Publié le 6 décembre 2018 Mis à jour le 11 décembre 2018