Portrait,


François Golfier, Professeur à la Faculté de médecine Lyon Sud Charles Mérieux et référent endométriose à l'hôpital Lyon Sud

Le Pr François GOLFIER est Professeur des Universités et Praticien Hospitalier à l’Université Claude Bernard Lyon 1. Chef du Service de Chirurgie Gynécologique et Oncologique – Obstétrique au centre hospitalier Lyon Sud et grand référent de l’endométriose, il nous parle de cette maladie gynécologique chronique qui touche une femme sur 10.


Pouvez-vous présenter votre parcours ?


J’ai effectué mes études médicales à l’Université Claude Bernard Lyon 1 au sein de la faculté de médecine Lyon Sud. Interne des hôpitaux de Lyon de 1985 à 1991, je me suis spécialisé en chirurgie gynécologique et obstétrique et suis devenu en 1991, Docteur en médecine, puis chef de clinique et Assistant des Hôpitaux de Lyon en 1994.
Docteur des Universités en 2001, puis Professeur des Universités et praticien hospitalier en 2002, je suis, depuis 2013, Chef du Service de Chirurgie Gynécologique et Cancérologique - Obstétrique au Centre Hospitalo-Universitaire Lyon Sud.
Je suis en charge de l’accompagnement de 13 internes, 15 externes et j’assure également des activités d’enseignement et de recherche à l’Université Claude Bernard Lyon 1.
Parallèlement, en 1999, j’ai pris la responsabilité du Centre Français des Maladies Trophoblastiques qui traite les tumeurs rares qui surviennent dans l'utérus et qui prennent naissance dans les cellules qui forment le placenta durant la grossesse.


Vous êtes également reconnu comme un grand référent « endométriose », cette fameuse maladie gynécologique chronique qui concerne une femme sur 10. Pouvez-vous, en quelques mots, nous expliquer cette pathologie ?


L’endomètre est le tissu qui tapisse l’utérus. Sous l’effet des hormones (œstrogènes), au cours du cycle, l’endomètre s’épaissit en vue d’une potentielle grossesse, et s’il n’y a pas fécondation, il se désagrège et saigne. Ce sont les règles. Chez la femme qui a de l’endométriose des cellules vont remonter et migrer via les trompes. Le tissu semblable au tissu endométrial qui se développe hors de l’utérus provoque alors des lésions, des adhérences et des kystes ovariens (endométriomes), dans les organes colonisés. Cette colonisation, si elle a principalement lieu sur les organes génitaux et le péritoine peut fréquemment s’étendre aux appareils urinaire, digestif, et plus rarement pulmonaire.


Quels sont les symptômes de cette maladie ?


Le symptôme le plus courant de l’endométriose est la douleur : règles douloureuses (dysménorrhée), douleurs pendant les rapports sexuels (dyspareunie), douleurs pelviennes fréquentes, défécation douloureuse, difficulté pour uriner (dysurie), douleurs lombaires, abdominales, douleurs pelviennes ou lombaires pouvant irradier jusque dans la jambe (cruralgie), etc. La maladie entraîne également dans plus de 30% des cas des problèmes de fertilité.

 

Comment arrive-t-on à un diagnostic d’endométriose chez une patiente ? Et quel est le protocole médical qui en découle ?


Il est important que le diagnostic se fasse en respectant une certaine hiérarchie d’informations et/ou d’examens. Effectivement, il est important d’insister sur le fait qu’il n’est pas normal de souffrir démesurément pendant les règles, cependant il ne faut pas non plus conclure prématurément à une endométriose dans le cas de règles douloureuses.

Lorsque qu’une jeune fille arrive en consultation et se plaint de douleurs pendant ses cycles, je l’interroge tout d’abord sur le niveau de douleur qu’elle ressent, sur une échelle de 1 à 10. Même si ce chiffre reste une valeur subjective, c’est une première alerte et si elle estime ses douleurs à au moins 6-7, il est nécessaire de poursuivre « l’interrogatoire ».
La question primordiale est de savoir si pendant ses règles, il y a une recrudescence d’autres douleurs (douleurs urinaires, difficultés pour aller à la selle, rapports sexuels douloureux, etc.)
Suite à cet état des lieux, la patiente peut passer un examen gynécologique où il est possible d’observer des lésions d’endométriose (nodules bleutés).
Dans ce cas-là, une échographie pourra être prescrite pour confirmer le diagnostic et connaître l’étendue de ces lésions. Dans certains cas, l’endométriose ne sera visible qu’à l’IRM mais il est également possible que l’examen ne mette rien en évidence alors qu’il y a bien des atteintes.
En première intention, on lui proposera un traitement hormonal, le plus souvent en continu, engendrant une aménorrhée (absence de règles) et mettant ainsi les ovaires « au repos ».

L’opération (cœlioscopie) doit rester le dernier recours après l’échec des traitements hormonaux.
C’est un acte chirurgical qui reste invasif et qui peut provoquer par la suite des adhérences entre les organes. Cependant, il reste indispensable quand les autres traitements n’ont pas fonctionné.

 

Comment cette maladie est-elle sortie de l’ombre depuis plusieurs années ?


EndoFrance, association de patientes créée en 2001, a largement contribué à la reconnaissance de l’endométriose. Je suis membre de leur conseil scientifique et je participe, avec Yasmine Candau, la Présidente de l’association, aux rencontres avec le ministère de la santé. Reçus récemment par Agnès Buzyn, nous avons insisté sur le caractère urgent à intégrer un module complet sur la maladie dans la formation initiale des jeunes médecins.


Quels sont les moyens mis en œuvre pour la prise en charge de cette maladie ?


La Région Auvergne -Rhône-Alpes, est l’une des trois régions pilotes au niveau du ministère pour le développement de filières endométriose. En Rhône Alpes, les Hospices Civils de Lyon sont à l’origine d’une collaboration riche « public/privé » faisant émerger des regroupements de compétences au sein de quatre établissements : le centre Hospitalier Lyon Sud, l’hôpital de la Croix-Rousse, la clinique du Val d’Ouest et Natecia.
Ainsi, tous les deux mois ont lieu des Réunions de Concertations Pluridisciplinaires (RCP) entre les professionnels de ces établissements. Au sein de notre service à Lyon Sud, nous organisons également des RCP, à raison d’une tous les 15 jours.

En conclusion, je dirais que pour un diagnostic et une prise en charge optimale de l’endométriose, il faut continuer à rassembler les forces, les compétences et enrichir les formations des jeunes médecins et des professionnels de santé de manière générale.


Publié le 17 décembre 2019 Mis à jour le 24 janvier 2020